1. You will meet her... and you will hate her...

1. You will meet her... and you will hate her...
Plus sereine que jamais, adossée à son arbre fétiche dont elle ignorait le nom, Zoé avait posé son livre par terre, Les Fleurs du Mal, près de son sac en toile vide, sur l'herbe grasse qu'elle aimait tant caresser de ses doigts de pied.

Cela faisait deux heures que Zoé n'avait pas bougé, debout face aux passants, des couples chuchotant, des enfants riant ou encore pleurant. Elle n'avait rien à foutre de toutes ces petites vies, encore moins de la sienne qu'elle prenait un malin plaisir à souiller et à empoisonner, juste pour atteindre ces paradis artificiels.
Non, Zoé n'était pas accro, elle aimait simplement le regard de dégoût ou de rejet des gens qui la croisaient dans ce park, complètement défoncée, prenant racine à son arbre et à sa haine.
Zoé aimait les gens, pas pour ce qu'ils étaient mais pour le Mal qu'elle pouvait leur faire.


Elle aimait faire souffrir et ne s'en cachait pas. Apparaître comme un monstre aux yeux des Autres était la meilleure protection contre l'extérieur. La Solitude n'était plus suffisante en elle-même pour repousser le monde ; à cause de ces putains de mentalités qui reviennent à la mode :"aider son prochain", l'humanitaire devenu si lucratif, le prix du billet pour le paradis qui augmente avec le prix du pétrole...

Triste résultat : tous les paumés désireux de faire leur B.A, aux dépends de la pauvre Zoé, qui, Elle ne demande qu'à être seule.
Alors Zoé s'engagea à être détestée, haïe par tous, pour mieux se préserver.

Une fois seule elle pouvait se laisser submerger par les ténèbres, sentir le flot de haine humaine la recouvrir, traverser ses organes pour mieux les détruire, perforer ses intestins, pourrir son coeur, noicir plus encore ses poumons...

Dans ces moments-là, où se mélangeaient héroïne, alcools, haine naturelle et cafard infini, des pulsions forcaient les portes de sa raison, son esprit, compressé, se révulsait et se contortionnait de lutte et de douleur pour échapper à cette emprise perverse et diabolique.
Mais finalement Zoé se laisser sombrer, dans cet état exquis où elle n'était pas Zoé, où sa perception altérée ne connaissait plus de limite, où son monde s'élargissait inexorablement jusqu'à annihiler la Zoé, tranquille, adossée à un arbre, dans un jardin municipal, quelque part sur Terre.
Puis venait la paix. Le calme après la tempête.

Des médecins auraient appelé cela de la schyzophrénie, un nom qui lui écorchait les oreilles.
D'ailleurs Zoé n'aimait pas les noms, elle refusait de nommer les gens, ou les objets.
Car pour elle, nommer quelque chose, quelqu'un, c'était lui donner une importance particulière, lui signifier son existence, lui donner vie.

Zoé ne donnait pas la vie, elle s'éforçait de l'ôter.


Pour Zoé rien n'avait d'importance.
Zoé était seule. Zoé était Dieu.

C'était ce qu'elle croyait.

# Posté le mercredi 12 juillet 2006 15:55

Modifié le mardi 24 juillet 2007 03:19

2. You think you know. But you don't have no idea.

2. You think you know. But you don't have no idea.
Le dédoublement de la personnalité de Zoé, sa perception accrue étaient pour elle un échappatoire, son rempart le plus solide, rare chose qu'elle avait eu le courage de nommer : Zacer.

Et Zacer était son ami. Parce qu'elle n'avait jamais eu de meilleur ami qu'elle-même.
Zacer était fort, il pouvait protéger Zoé des Autres, et surtout d'Elle-même.
Zacer était tout ce que Zoé avait voulu être, à commencer par être un homme.
Il était brillant, un artiste, la photographie lui avait tout de suite permis de s'exprimer.

Zacer avait tout pour réussir.
Zoé était une râtée.

Zoé aimait Zacer.
Mais Zacer n'était qu'une partie de Zoé. Il en était frustré.

Zoé pouvait faire appel à Zacer dès qu'elle en ressentait le besoin, via ses bonbons colorés magiques.
Zacer, très vite, voulut disposer de Zoé à tout moment.

Le duel intérieur et destructeur entre Zoé et Zacer débuta.
Et moi je n'en étais que le spectateur extérieur.


Zoé m'avait nommé.
C'est comme ça que je rencontrait Zacer qui, plus tard, sera mon assassin. Puis Zoé qui, Elle, n'en saurait rien...

# Posté le mercredi 12 juillet 2006 16:14

Modifié le mardi 24 juillet 2007 03:19

3. When I met Zoé... Or was it Zacer ? ...

Zoé marchait souvent seule. A vrai dire elle marchait toujours seule. Etre seule, chez elle, avant d'être un besoin, était une condition de son bien-être.
Pour autant qu'on puisse dire que Zoé se soit jamais sentie bien...

Puis elle m'a nommé.
Je l'avais déjà croisé, le soir dans le métro, seule, c'est une passante fugitive : Zoé attire l'oeil lorsqu'elle passe à côté, et aussitôt qu'elle se trouve dans notre dos, on l'oublie.
Pour son plus grand bonheur.

Mais ce soir-là, pour une raison que j'ignore toujours, elle s'est arrêtée en face de moi ; elle avait les yeux injectés de sang, peut-être le crack cette fois, les cheveux sales, en bataille, elle n'était surtout pas maquillée, un tic nerveux (les amphétamines) lui soulevait le coin de la bouche et la faisait grincer des dents.
Zoé n'était même pas belle.
Elle me fit l'effet d'un fantôme.
Et tout de suite Zoé me plut.

Zoé n'a dit que mon nom. Une seule fois.
Je ne me rendais alors pas compte de l'énorme sacrifice qu'elle faisait.
Et je l'ai suivi.

Zoé marchait, plus seule que jamais, mais j'ai vu, furtivement, dans ses yeux ce qu'elle attendait de moi : que je la délivre.
Un espoir si faible, une lueur passagère qui contourna ses pupilles, dilatées par les speed, telles des fenêtres sur son esprit.

Puis plus rien. Un voile.
Je sus plus tard que ce voile s'appelait Zacer.

Nous sommes remontés à la surface, Zacer et moi.
L'air moite de l'Automne, les feuilles mortes qui crissaient à nos pieds, la lumière blafarde des lampadaires, tout cela décorait admirablement le tableau insolite de nos deux corps immobiles et perdus, au milieu du silence nocturne, uniquement brisé par les moteurs ronronnant des taxis épars qui finissaient leur nuit de travail.

La nôtre ne faisait que commencer.

Par ailleurs, je n'ai jamais su comment Zoé connaissait mon nom.

Je sais seulement que cette nuit-là, nous avons marché.
Etait-ce Zoé ou Zacer? Peu importe, du moment que nous marchions.
3. When I met Zoé... Or was it Zacer ? ...

# Posté le mercredi 12 juillet 2006 19:09

Modifié le lundi 06 octobre 2008 17:32

4. Don't let me down... please...

Je savais bien que Zoé voulait parler. Je le voyais dans ses yeux.
Mais Zacer l'en empêchait. Il était l'inhibiteur de ses peurs, mais aussi de tout le reste. Hélas.
Zacer tenait à Zoé.
Mais surtout, Zacer tenait Zoé.

Parfois, sous l'emprise de la drogue, Zoé et Zacer livraient bataille, devant moi, pour prendre le contrôle.
Effrayant spectacle.
Et le plus souvent c'est Zacer qui était le plus fort.
Tyran de ses pensées, il l'a protégeait, mais l'étouffait.
Les mots devenaient étrangers.
La parole inconnue.

Alors Zoé, derrière Zacer, ouvrait ses yeux.
Ses yeux, si expressifs qu'ils suffisaient à comprendre le combat qu'elle menait.
A travers les nuances infinies de couleur de ses iris, du vert de l'océan déchaînné au gris de la fine pluie, du bleu de toute sa beauté au marron de sa souffrance, je reconnaissais Zoé, celle qui avait été aimée.

Je n'ai jamais autant plongé que dans le regard de Zoé.

Et si le rouge s'y mêlait, son regard devenait hypnotique.
Si Zacer, si fort soit-il, se frottait à ces yeux, il en ressentait toute la volonté de Zoé.
Bien que soumise, Zoé restait forte.
Sa carapace de haine bien dressée.
Car Zoé s'était déjà battue. Et ça, Zacer ne pouvait rien contre.

Les traces de ses combats passés et présents restaient gravés au plus profond de ses yeux.

Et pour ça je l'admirais.

Mais quand ses yeux tombaient, pour me dire :

"n'essai pas de me relever. Laisse-moi...
Ce salopard me tue. Vas-t'en !
Sinon tu finiras comme moi...
"

Elle baissait les bras.
Je la haïssais de faiblir.
Je ne l'ai jamais laissé tomber. Elle a failli être échec et mat.
Mais j'étais son pion, qui toujours la relevais.
4. Don't let me down... please...

# Posté le mercredi 12 juillet 2006 20:28

Modifié le mardi 24 juillet 2007 03:19

5. I breaked through her for the first time... It was terrible.

Zoé ne faisait pas grand chose de sa vie.
Mais ce "pas grand chose" elle s'y consacrait corps et âme.

Zoé lisait. Beaucoup.
De la poésie. Zoé vouait un culte à Baudelaire qui, lui plus que tous les autres, avait su voir la beauté du Mal.
Le sublime dans l'horreur.
Zoé aimait à comparer la poésie baudelairienne à ses trips psychédéliques, un voyage au coeur du vice pour en retirer cette beauté envoûtante, cette joie fatale, qui nous force à toujours y revenir. Inéxorablement.

Zoé aimait voyager.
Et quel plus beau voyage que celui du seul esprit?

Pour Zoé, tous les moyens pour voyager étaient bons à prendre.
Surtout les plus directs.
Même si le retour n'était pas tout le temps facile. Ou possible.

"Un matin nous partons, le cerveau plein de flammes,
Le coeur gros de rancune et de désir amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers..."

Héroïne, Cocaïne, LSD, Amphétamines, Crack, Cannabis, Champignons, Ecstasy, METamphétamine,...

Zoé avait tout goûté.
Zoé en voulait plus.
Comment Zoé avait-elle connu la drogue, elle me le confia, un jour, sans un mot. Comme souvent.

Elle m'ouvrit simplement son sac, qui m'avait toujours parut vide.
Mais il était plein du passé de Zoé.
Et ce passé, si noir était-il, s'était éparpillé sur ces feuilles de papier, rouges, blanches, noires, grises, fragiles, au fond de ce sac si mystérieux.
Les lettres tracées de la main de Zoé coulaient sur le papier, comme pour fuir mon regard, ces secrets d'encre et de sang m'étaient offert, ils puaient la haine et le remord.
Zoé était malsaine.

Mais c'était nécessaire pour Zoé que je connaisse son histoire.
Car comme toutes les histoires elle avait une fin.
Et Zoé la sentait venir.

Et en prenant l'une de ses feuilles malades, à l'odeur de tabac froid, j'ai appris plus d'horreurs sur Zoé qu'elle-même n'aurait jamais pu m'en dire.

Et ce que j'ai appris me fait encore frissoner :
Zoé n'avait jamais eu le choix. Elle n'avait jamais été libre.
5. I breaked through her for the first time... It was terrible.

# Posté le jeudi 13 juillet 2006 07:31

Modifié le mardi 24 juillet 2007 03:19